Présentation du projet

(Par Émile Bordeleau-Pitre)

«C'est un film qui parle de relation de couple. Qui parle de communication, aussi. De problèmes de communication. C'est un film qui parle de la peur de l'échec. Mais aussi du désir de l'aventure. C'est vraiment paradoxal, mais les personnages se battent tout le long contre ce paradoxe-là: ils veulent partir à l'aventure, voir des nouvelles choses, mais toujours avec cette même angoisse d'échouer, de ne pas se rendre à destination, qui les paralyse. »

Tuxedo raconte le roadtrip d'un couple, Mathieu (Mathieu Handfield, Dédé à travers les brumes) et Eve (Eve Landry, L'appel Femina), vers l'Ouest canadien. Accompagné d'un ami cinéaste (Patrick Bilodeau), qui voit dans cette quête la possibilité d'un documentaire, ils se retrouvent coincés à Tuxedo, petit village du Manitoba. On assiste dès lors à l'effritement graduel des illusions, des rêves et des relations qu'entretiennent les différents personnages. Sauront-ils, au terme de cette expérience, se préserver? Tuxedo deviendra-t-il la scène où se dévoilera la stérilité des rapports que Mathieu, Ève et Patrick partagent avec le monde?

Tuxedo ne trace jamais une ligne claire entre ce qui est réel et ce qui appartient à la fiction. Caméra subjective, tournage en extérieur, utilisation de membres de la communauté manitobaine jouant leurs propres rôles et mise en abîme de l'équipe de tournage sont autant de moyens utilisés pour confondre le spectateur. Les personnages ont le nom des acteurs qui les interprètent; sans savoir à quel point, on comprend que certains éléments de leurs relations ont été conservés, mis à nu. «Ce qu'on a voulu faire, c'est jouer avec le vrai.»

Dans le cadre de ce tournage qui aura duré quelques douze jours, où l'équipe a-t- elle décidé de poser la clôture entre le vrai et le faux? Patrick Bilodeau affirme que ça n'a pas toujours été clair. «Dans les premiers jours, certains événements nous ont montré qu'il y avait des choses qu'on ne pouvait pas aborder. Que c'était possible de dépasser la limite. Que c'était possible d'aller trop loin.»

La démarche choisie pour le tournage, spontanée, a même laissé au montage quelques surprises aux acteurs qui ont eu à visionner les images prises. «On se voyait, nous. Et ce qu'on voyait, ce n'était pas toujours beau. C'était même souvent ce qui était le plus laid en nous qui crevait l'écran.» Le résultat? Une production qui a pu, parfois, être extrêmement souffrante, tendue. Un voyage itératif vers le cœur du sujet, l'angoisse et le refus de l'échec.